Ce que Trump nous apprend sur le pouvoir
Le pouvoir est un jeu à somme nulle
En 88 minutes, une équipe de forces spéciales commence l’assaut, capture Maduro sans subir de pertes et s’enfuit avec lui en quittant le Venezuela. Une démonstration de force et de préparation comme on en voit rarement. Le premier réflexe de Trump fut de faire une conférence de presse pour se féliciter et menacer les pays voisins qui sont ouvertement hostiles aux US. Pendant le même mois, c’est quasiment son candidat qui gagne une victoire surprise aux Honduras. Je ne vais pas vous mentir ici, je suis un grand fan de Trump et j’ai bien apprécié cette séance de cinéma grandeur nature. Mais je pense vraiment que cette séquence, et les condamnations ridicules des médias et politiciens européens peuvent nous apprendre des choses sur les notions de pouvoir, d’influence et de volonté de puissance.
L’Europe déplore et rougit
Je n’ai même pas besoin de relater une à une les déclarations françaises et européennes sur ces événements. Que ce soit du courant dominant (la Gauche) ou de la “droite”, on ne peut pas féliciter Trump pour sa démonstration de force. Au mieux on se réjouit de la chute de Maduro mais on déplore les moyens employés, on ose même employer le terme de “droit international”. Oh mon Dieu permettez-moi une digression : qu’on me foudroie sur place si un jour j’emploie ce genre de terme au sérieux. Mais comment peut-on vivre en croyant ce genre de choses ? C’est s’aveugler volontairement, s’émasculer gratuitement que de croire que le monde peut être régi par ce genre de loi sans appliquer les règles du pouvoir et de la manipulation. Il faut être je ne sais pas… de gauche, chrétien, libéral ou encore handicapé pour croire à ce genre d’inepties.
La condamnation médiatique fut unanime. Qu’importe la couleur politique, quand on est français on est solidaire dans la médiocrité et le refus de voir le monde tel qu’il est. Cette condamnation des moyens mais pas des fins est une vision intéressante de la vie quand on y pense : on aime le résultat, on en est même soulagé, mais on va aussi se plaindre du moyen employé, de la force en tant que tel. Je trouve ce comportement d’une lâcheté sans nom. Si on reprend les termes employés, en quoi ce serait mal de renverser de force un dirigeant si celui-ci est “autoritaire” et non légitime car ne respectant pas la démocratie sacrée ? Vous comprenez bien mon ironie en écrivant ces lignes, mais je ne comprends pas comment dans la tête de ces faibles est-il possible de renverser légitimement un dirigeant connu pour tricher ? C’est là encore où l’on voit la toute puissance de la morale, qui ici s’apparente à un mélange indifférencié de christianisme et de hippisme mal digéré.
Ne vous trompez pas, si le dictateur en question était de droite, les condamnations auraient été beaucoup plus rares. Mais resterait encore cette question de la légitimation de la violence, de la force, de la décision unilatérale. Notre société a des PTSD, et ceci concernant deux sujets que cette séquence illustre : la personnalisation du pouvoir d’un coté, le recours à la force active et volontaire de l’autre.
Trump incarne un tournant dans la personnification du pouvoir
Vous le savez sans doute je suis un fan de cet homme, je trust le plan, je suis à deux doigts d’être un MAGAretard. Mais je vais m’abstenir de tous les compliments partisans à son égard. Selon moi le plus important dans la figure de Trump c’est le shift donné dans le fait d’assumer l’exercice du pouvoir et ne pas en rougir. On peut dire ce que l’on veut, je pense que le Politique a perdu de son attrait durant le début de ce siècle. La technologie et l’économie ont pris une place prépondérante si bien que ces dernières années la personnification du pouvoir en occident n’avait pas vraiment d’importance. Je trouve cela très frappant depuis l’élection de Clinton jusqu’à la première élection de Trump. Obama illustre ce courant de manière parlante : on ne retient absolument pas ses décisions, mais on se souvient de ce qu’il représentait et pourquoi les gens ont voté pour lui. En tant que tel, à part être filmé à faire du basketball il faut avouer qu’il n’a pas vraiment incarné le pouvoir et son rôle ne fut que d’accélérer un peu plus le déclin de son pays.
Trump représente l’exacte inverse : aujourd’hui encore son arrivée sur la scène politique est un mystère. Si une personne vous dit comprendre totalement le pourquoi du comment du succès de Trump, elle vous ment. Mais par contre on peut citer pas mal d’éléments de son mandat, de ces moments où il a endossé le rôle du Politique dans son pays et a assumé des décisions qui parfois allaient à l’encontre de ce qu’on attendait d’un simple politicien. C’est pour ca que les illuminés MAGA et Patriot Q voient en lui un nouveau César : ils sentent qu’il peut frachir le rubicon, renverser la table et revenir à un exercice du pouvoir plus personnel et direct.
Il va falloir maintenant aborder la question centrale : le Pouvoir. Ce que j’entends par Pouvoir peut aussi d’une certaine manière se traduire par Puissance. Pour moi le pouvoir c’est cette capacité et cette volonté à changer ou diriger les flux complexes de la réalité. Le pouvoir, contrairement à la richesse, est un jeu à somme nulle. On ne peut pas augmenter pour tous leur pouvoir sur le monde, car l’exercice de plusieurs pouvoirs simultanés entrent en conflit et il est directement lié à notre relation au monde et avec les autres. C’est ca tout particulièrement qui gêne les européens sur le sujet : le pouvoir est anti-égalitaire, hiérarchique et même tyrannique par nature. On ne peut que constater l’inégale répartition du pouvoir dans notre vie.
Le Pouvoir peut d’ailleurs être réel ou symbolique. Une société qui a peur du pouvoir et de la violence va d’ailleurs tout faire pour étouffer la pratique réelle du pouvoir et à défaut plutôt privilégier son expression symbolique. Dans ma démonstration, la Politique et donc la Violence sont les démonstrations les plus parlantes et réelles du Pouvoir; l’argent et la discussion sont eux les représentants les plus fidèles de l’aspect symbolique du Pouvoir. Dans notre société européenne nous avons d’ailleurs décidé d’abolir le Pouvoir, de détruire l’anneau : cela s’appelle la démocratie.
Puisque l’exercice du Pouvoir par la politique nous parait trop extrême nous avons décidé d’abolir le pouvoir pour tous en le diluant de manière vulgaire et plébéienne. Si tout le monde peut voter, vous vous rendez vite compte que voter n’a plus d’importance. C’est ce qui sous tend toute la politique de la gauche ces dernières années : affaiblir le pouvoir des nations en s’affranchissant de frontières, affaiblir le pouvoir du politique en le diluant dans le vote pour tous.
Trump quand à lui assume, en tout cas en partie, que la Politique c’est la tyrannie de la volonté d’un petit groupe sur la masse. Il doit se servir de la masse pour gouverner, il reste en démocratie certes, mais il le fait en sachant qu’il faut souvent s’appuyer sur la volonté et la responsabilité d’un seul pour faire avancer les choses.
Brève conclusion
Je finirais en disant que vous ne devez pas oublier que le Pouvoir est un jeu à somme nulle. Si vous n’en avez pas ou moins qu’avant, c’est surement que vos ennemis se renforcent. J’y ajouterai d’ailleurs la réflexion de Nietzsche disant que plus que la préservation, la loi de la vie est la volonté de Puissance. Il n’y a que deux tendance dans la dure loi du devenir nietzschéen : la croissance ou la décadence. Si vous ne voyez pas votre Pouvoir croitre, c’est que vous régressez et chutez dans un cycle décadent vous privant de plus en plus du pouvoir. Ce Pouvoir peut-être personnel, sur votre vie et vous même (discipline intérieure) ou sur les autres; par exemple sur vos proches, votre environnement direct ou professionnel. Ne croyez pas les contes démocratiques et nihilistes : le Pouvoir doit se chercher, il est l’expression d’une puissance et quand il s’assume pleinement il est sain et mène à plus de responsabilité. Si notre monde coule aujourd’hui, c’est en partie à cause de cette dilution de la responsabilité qui fait que personne n’est responsable de rien et ne peut donc être puni. L’héroisme moderne selon moi c’est justement accepter cette volonté de puissance et l’exprimer par un désir de Pouvoir.



Très bon texte, très intéressant.
Concernant ce passage : "Pour moi le pouvoir c’est cette capacité et cette volonté à changer ou diriger les flux complexes de la réalité".
Je trouve que les termes "changer" et "diriger" ne sont pas assez forts. Je dirais plutôt qu'il s'agit d'avoir la force et la volonté de faire violence au cours des événements à son avantage.
Sur le pouvoir, je suis assez d'accord. Je compléterais un peu ce que tu dis en rappelant que ;1) le pouvoir est un jeu à somme nulle (comme tu le rappelles très bien), et 2) ne pas vouloir exercer le pouvoir revient à le laisser à nos ennemis qui, eux, n'hésiteront pas à s'en servir contre nous. Par conséquent, refuser le pouvoir n'est pas vraiment une option.