La liberté n'est pas un droit, elle se mérite
La liberté est une arme à double tranchants
Il est récurrent d’entendre ces derniers temps que la liberté est le droit fondamental humain. Que ce soit à travers la social-démocratie ou la tendance libertarienne, il est devenu évident que la liberté se trouve au centre d’un système politique efficace. Je pense de même que la liberté est un trésor à chérir, mais elle n’est pas un droit. Le piège commun étant de confondre la récompense de certains avec le droit de tout le monde.
La liberté est liée au génie
Il y a un mème qui circule souvent et avec lequel je suis en total accord : la société parfaite serait une démocratie anglo-saxonne composée uniquement d’une population blanche ayant un QI supérieur à 130. Cela peut paraître étonnant, mais je pense qu’effectivement, dans ce contexte, la démocratie serait alors le meilleur des régimes à choisir. Étonnant, car je suis plutôt souvent le porte-parole d’une nécessaire dictature ou, en tout cas, d’une expression autoritaire du pouvoir. C’est vrai, mais je pense surtout que le meilleur régime dépend de sa situation et de sa population. Il me semble fou de décréter qu’il n’y a qu’une bonne forme d’exercice politique et que cette forme est la meilleure dans toutes les situations. C’est passer totalement à côté d’un pragmatisme qui nous manque aujourd’hui cruellement.
Peut-être est-ce par déformation professionnelle, mais j’aime bien comparer l’exercice du pouvoir à un langage informatique. Je pense que le régime politique choisi est le software, le logiciel d’un État. Le hardware étant, lui, composé du capital humain, c’est-à-dire directement de la quantité mais surtout de la qualité d’un peuple. Cela peut être une qualité génétique liée à l’intelligence ou à la santé générale, par exemple. En continuant cette métaphore, j’affirme que ce qui compte le plus, et qui pourtant est totalement sous-estimé dans les discours de droite, c’est la prévalence du hardware sur le software. Pour prendre un exemple parlant, si vous avez le meilleur logiciel du monde, le plus perfectionné et rapide, mais que, d’un point de vue matériel, vous n’avez qu’un vieux PC de 25 ans avec un OS tout pourri… le logiciel en question devient inefficace, voire dangereux pour le matériel. Je pense honnêtement que c’est ce qui arrive aujourd’hui.
La démocratie est un software époustouflant. Elle repose en grande partie sur la responsabilité de chacun et la liberté comme condition sine qua non de l’apparition du génie. En ça, je suis totalement aligné : la liberté permet la créativité, l’essai-erreur qui amène à des innovations capables de changer le monde. C’est pour ça que je pense, par exemple, que le capitalisme appliqué à des individus « libres » est plus efficace que le capitalisme appliqué à un régime semi-dictatorial comme la Chine. Je pense que cela explique, par exemple, pourquoi les États-Unis produisent plus d’innovations géniales que leur concurrent asiatique. Mais je pense justement qu’une démocratie libérale comme les États-Unis tombe dans un travers très dangereux : la vision de la démocratie et de la liberté comme un droit pour tous.
Trahison d’une certaine vision fondatrice
Les États-Unis ont été fondés sur une révolution guerrière. Cette révolution portait en elle le souhait de mettre la liberté en étendard. Je pense que les États-Unis sont le seul pays au monde à n’avoir réellement connu que la démocratie. Mais pas n’importe quelle démocratie : une démocratie qui se voulait, au début, censitaire et loin d’être universelle. C’est le début de notre réponse, un système qui serait à rechercher pour nos vieux pays occidentaux fatigués.
Au début des États-Unis, c’est-à-dire vers la fin du XVIIIᵉ siècle, seul un homme blanc, citoyen, adulte et propriétaire pouvait participer, par le vote, aux élections. Le vote était vu comme un privilège et un moyen d’organiser l’État, absolument pas comme un droit naturel à protéger. Ces critères se sont assouplis dès l’ère jacksonienne, vers 1820, avec la suppression du critère de propriété. Mais le droit de vote est resté uniquement masculin jusqu’en 1920 avec le XIXᵉ amendement, et quasi uniquement réservé aux Blancs jusqu’en 1965 (même si le XVᵉ amendement l’avait déjà, en théorie, assoupli à la fin de la guerre de Sécession). Ces règles étaient eugénistes. Elles permettaient de s’assurer que la partition du pouvoir, le droit de vote, soit entre les mains d’individus appartenant à une certaine aristocratie, de classe ou par leur potentiel de capital humain.
Aujourd’hui, nous sommes très, très loin de cette vision. Il est même admis, dans certains États, que des immigrés illégaux puissent voter, faisant alors disparaître le critère de citoyen, qui est pourtant une base de la démocratie depuis la Grèce antique. D’ailleurs, Athènes et Rome avaient compris les dangers de l’élargissement excessif de la liberté et du vote. Selon les périodes, les régimes démocratiques les plus brillants reposaient soit sur une démocratie directe à suffrage ultra-restreint (comme la Grèce antique), soit sur une démocratie à base de votants un peu plus élargie mais moins directe (comme Rome avec son Sénat). Il n’y a que l’époque contemporaine pour tenter cette folie de la démocratie directe sans aucun critère de filtrage.
Le résultat aujourd’hui est criant : c’est le règne de la morale et de la volonté du troupeau ; la promotion du bioléninisme cher à Spandrell, et l’expression du ressentiment, de la morale des faibles et de la haine de l’exception — concepts chers à Nietzsche. Le moment clé de la chute de la valeur de la démocratie est le passage d’une hiérarchie de la valeur à une hiérarchie du nombre. Si la quantité compte en démocratie, c’est évident, le critère de qualité est décisif pour mener une société dans une direction ou dans l’autre.
Pour reprendre encore les concepts d’un philosophe, français cette fois, Tocqueville voyait déjà que l’égalité était inévitable dans la démocratie américaine de son époque. Cela mènerait de toute manière au conformisme (absence de génie dissident), à la médiocrité satisfaite et à la tyrannie de la majorité. Cela est destructeur pour la valeur humaine, car il faut rappeler que la véritable singularité, l’exception créatrice et source de valeur nouvelle, est par définition minoritaire, voire ultra-minoritaire. Une tyrannie de la majorité écrase cette petite minorité qui a justement besoin de liberté pour prospérer et faire avancer la société entière.
Conclusion
C’est ici que l’on arrive à une conclusion tout sauf intuitive : le pire ennemi de la liberté, c’est la liberté elle-même. Plus une démocratie s’élargit, plus elle détruit les bases qui la fondent. Plus on donne le droit de vote à tout le monde, moins le vote a de pouvoir, et on bascule parfois même dans une anarcho-tyrannie comme on la connaît en France. La liberté est la condition sine qua non du génie, mais elle est aussi le moyen d’étouffer, de conformer et de faire disparaître la singularité et le génie. Ma doctrine : la liberté pour les meilleurs, l’asservissement de la masse, la disparition des plus faibles.


