La sélection est la vie
Leçon politiquement incorrecte à la base de notre existence
La sélection est devenue un gros mot aujourd’hui. Partout où elle devrait s’exprimer naturellement, elle devient taboue, interdite ou dissimulée derrière une masse de bonnes intentions dégoulinantes. Le dogme égalitaire est un totalitarisme sans pitié : on ne supporte plus qu’un individu puisse choisir sa vie. Cela a bien sûr des conséquences sur notre vie personnelle au quotidien, mais aussi sur le monde dans lequel nous vivons en général. Je suis pour l’inscription de la sélection dans la Constitution de la vie, et je vais vous expliquer pourquoi.
Au commencement était le ἀγών
Je ne vais pas vous faire un dessin, mais il faut bien comprendre que la sélection apparaît dès les premiers instants de la vie. Que ce soit dans la course spermatique ou dans la compétition sexuelle, la sélection par le choix et la lutte est omniprésente, et même indispensable. Pour être simplement vivants et nés, nous avons déjà dû traverser un grand nombre d’épreuves orchestrées pour maximiser la sélection, pour nous choisir, nous, au sein d’une immense compétition de la vie — compétition dans laquelle vous avez brillé si vous lisez ces lignes. Vous êtes venus à bout des différents obstacles qui vous empêchaient de vivre comme vous le faites aujourd’hui. La seule chose qui explique votre frustration dans la vie, c’est que vous n’avez pas compris que la lutte continue toujours : elle ne s’arrête jamais.
Je ne veux pas tomber dans le cliché de la loi du plus fort, mais il est évident que la nature et le monde sauvage ne peuvent fonctionner qu’à travers une sélection féroce et une lutte continuelle. Le cycle de la vie repose sur l’existence de prédateurs et de proies. Cela ne signifie pas que le gagnant soit toujours le même selon les époques, seulement que le jeu continue — et continuera — jusqu’à l’extinction du monde. Cela peut parfois nous paraître cruel, mais c’est précisément ce qui renforce la nature, ce qui lui permet d’être aussi belle.
L’illustration politique de cette vérité se retrouve surtout chez les Grecs anciens. Qu’ils soient d’ascendance dorienne (Sparte) ou plus ionienne, la compétition en vue de la sélection était au centre de leur vie. L’ἀγών, la lutte, permettait d’atteindre le but ultime : l’excellence, appelée ἀρετή. Une fois encore, le philosophe Nietzsche exprime parfaitement cette vérité terrible :
« La beauté ne doit rien au hasard. Même la beauté d’une race ou d’une famille, la grâce et la perfection de toutes ses attitudes, ont dû être acquises par l’effort : c’est, comme le génie, le résultat final du travail accumulé des générations. Il faut avoir fait de grands sacrifices au bon goût, il faut avoir fait bien des choses et renoncé à bien des choses en son nom. »
Friedrich Nietzsche
Crépuscule des idoles ou Comment on philosophe avec un marteau (1888)
L’équivalent moderne de la lutte
La grande question est donc la suivante : quel est l’équivalent moderne de cette lutte qui permettait la sélection de l’excellence ? Le capitalisme, dans son essence théorique, promet la sélection du meilleur et donc l’amélioration qualitative de l’offre par la concurrence. J’y crois fortement. La question est de savoir si la demande, elle aussi, subit ce type d’amélioration. C’est un problème complexe auquel je n’ai pas de réponse définitive. Ce que je peux dire, en revanche, c’est que le système capitaliste établit une sélection. La question centrale est désormais de savoir sur quoi repose cette sélection et, plus encore, si nous vivons réellement aujourd’hui dans un système capitaliste.
J’entends déjà les chantres de la critique du capitalisme m’expliquer qu’au vu de l’état actuel du monde, il serait malvenu d’en chanter les louanges. Je dois immédiatement réfuter ce discours : nous ne vivons pas dans un système capitaliste. Les pays qui s’en rapprochent le plus sont d’ailleurs dans une situation bien plus souhaitable que la nôtre. Nous ne pouvons pas prétendre vivre dans le capitalisme de la sélection alors que nous évoluons dans un État-nounou qui vole au secours des citoyens sans qu’ils l’aient demandé. Nous vivons au contraire dans l’antre la plus hideuse du refus de la sélection : un espace où l’on glorifie l’égalité et où les victimes sont hissées sur un piédestal qu’elles ne méritent pas.
Dans notre monde actuel, la lutte est niée ; et si, par malheur, elle apparaît, elle est immédiatement stigmatisée. Inutile de rappeler toutes les fois où la compétition a été soigneusement retirée du système scolaire, par exemple. Même chez les « nerds », il faut interdire l’esprit de compétition, au mépris de l’excellence qui attend pourtant au bout du chemin de la lutte acharnée. Toute personne connaissant la défaite ou manquant de qualités voit l’État voler à son secours, lui accordant bien plus d’avantages qu’à ceux qui luttent et remportent bataille après bataille. Notre État moderne est dysgénique : il est hideux dans le confort qu’il apporte à ce qu’il y a de plus bas et de plus faible dans notre société. Nous ne pouvons pas continuer ainsi.
L’eugénisme est la voie
Voilà, le gros mot est lâché. On va immédiatement me ressortir les exemples éculés du Meilleur des mondes ou de Bienvenue à Gattaca. Pourtant, ce terme effrayant est d’origine grecque, comme tout ce qui a du sens dans notre langue. Le préfixe εὖ désigne littéralement ce qui est bien ; γένος (génos) désigne la naissance, la lignée, la race. Trois notions qui portent aujourd’hui la marque du politiquement incorrect. Ce mot est constamment brandi comme une insulte ou un cauchemar ; pourtant, je l’affirme : c’est le seul espoir pour l’humanité de retrouver une trajectoire désirable.
Dans l’histoire longue, la sélection naturelle permettait d’épurer les éléments les plus faibles des sociétés. Le tournant chrétien, humaniste et démocratique a moralement disqualifié ce processus en le rendant immoral et indésirable. La médecine moderne a certes permis la survie du plus grand nombre — et donc des plus faibles. Mais il faut comprendre que c’est l’État moderne, assis sur cette morale délétère, qui est aujourd’hui le principal ennemi de l’eugénisme, tant dans les idées que dans les actes.
La France, d’ailleurs, se targue d’être sans doute l’État le plus résistant aux avancées de la génétique et aux bénéfices qu’elle apporte. Essayez de réaliser un test génétique pour identifier des maladies héréditaires et observez le labyrinthe administratif dans lequel vous vous engagez. En Suisse, une simple visite dans un centre spécialisé et un (gros) chèque suffisent pour savoir en quelques jours si vous êtes porteur ou non de gènes problématiques. Il est pourtant capital de connaître ce type d’informations. La France freine au maximum — tout comme elle le fait pour les tests d’origine génétique. Imaginez le retard que nous prendrons demain sur la sélection embryonnaire ou l’amélioration génétique : c’est une catastrophe.
Je pense personnellement que le XXIᵉ siècle appartiendra à l’Empire qui remettra la sélection au centre de sa société, que ce soit par la lutte réelle ou symbolique (la « méritocratie »), et surtout par la mise en place d’un eugénisme visant à produire une population de qualité. Je l’ai déjà dit : peu importe le logiciel que vous faites tourner, si le matériel — le capital humain — est défaillant, vous n’irez pas loin. Souhaitons le retour de la sélection et de la lutte.



"Je dois immédiatement réfuter ce discours : nous ne vivons pas dans un système capitaliste."
Je suis d'accord avec l'analyse mais trop souvent on en revient au même argument que les communistes qui expliquent que "C'est pas le vrai communiste". Il va falloir affuter un peu plus nos arguments :)
On perd la bataille démographique faute de produire du capital humain en quantité sufisante. Je ne sais pas dans quelle mesure produire du capital humain de qualité (ce qui exclu d'en faire en quantité) constitue une bonne idée pour notre temps.
Bon article nonetheless.
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