Les jeunes hommes sensibles meurent de soif
L'appel de l'aventure se fait de plus en plus grand
On peut remarquer sur les réseaux sociaux, en particulier sur X, que le débat politique est le coeur battant du débat et des discussions. Il y a certes quelques développements théoriques de la politique, mais la plupart du temps ce ne sont que des échanges et des pics partisans qui sont exprimés. Cette plateforme en particulier est fortement liée à la politique et elle attend de ses membres d’échanger sur ca pour créer de plus en plus d’engagement. Au milieu de ce champ de bataille de memes et d’invectives, certains décident de ne pas participer : les jeunes hommes sensibles.
L’amour de l’art et l’idéalisme
Ce qu’on peut tout de suite remarquer chez ces jeunes hommes, c’est qu’ils ne sont pas apolitiques au sens premier du terme : ils ont des convictions, qui parfois même peuvent passer pour extrême. La seule différence, et de taille, c’est qu’ils ne s’expriment pas longuement dessus. A vrai dire ils prennent la politique avant tout pour un divertissement, et même s’ils ont leur avis ils regardent ces batailles de chapelles d’un air hautain… Comme l’homme connaisseur regarderait deux groupes de supporters d’équipes adverses s’invectivant dans la rue. Ils trouvent ces gesticulations énigmatiques, un peu ridicules et parfois même totalement assourdissants.
Le jeune homme sensible type dont je parle est là sur X pour faire découvrir ses lectures et échanger avec ses pairs. Il passe la plupart du temps à lire et il profite de la plateforme pour y partager des extraits de livres de philosophie ou d’histoire obscurs. Il faut bien lui reconnaître ca : le débat politique aujourd’hui a tout à voir avec l’actualité, il y a donc quelque chose de noble à le dédaigner pour s’occuper de ce qui reste plus intemporel : l’art et la pensée. Il y a un rejet presque aristocratique de ce qui reste vulgaire et commun, le commentaire politique en est l’exemple le plus frappant et rejoint en grande partie la notion de slop déjà évoquée sur ce substack.
X est le repaire des solitaires
Ce qui a de vraiment énigmatique c’est que ce profil du sensitive young man est peut-être celui qui comprend le mieux l’objectif initial de ce réseau social : son but est de rassembler et de créer des communautés. C’est ce qu’il fait. L’une des grandes caractéristiques de ce profil c’est qu’il ne cherche pas la popularité ou “l’audience”. Quand un de ses posts percent la sphère de résonance de son public habitué pour toucher des normies ce n’est pas une victoire pour lui, au contraire. Son but à lui ets de poster sur l’art ou la connaissance et échanger avec d’autres hommes isolés comme lui dans une bulle face au monde moderne. Les échanges écrits peuvent même parfois donner lieu à des rencontres non virtuelles et à de véritables amitiés.
Il faut bien avouer que quand nos principales préoccupations relèvent de l’art ou de la connaissance en général, on a toutes les raisons du monde pour se sentir bien seul dans “le monde réel”. C’est rarement avec nos collègues de bureau que l’on pourrait parler des critiques du libéralisme au XIXème siècle ou encore de théories philosophiques fumeuses concernant l’idéalisme allemand et sa continuation dans le personnes trumpien. Sorti de ces sessions de lectures et d’échanges avec son groupe, la vie réelle et extérieure parait bien fade et bien sotte il faut se l’avouer. Pour autant, les jeunes hommes sensibles ont bien un point faible : la critique du monde moderne devient souvent pour eux une fuite complète, un refus catégorique du pouvoir comme étant quelque chose de vulgaire.
Certes, s’il est facilement compréhensible de ranger les débats d’actualités politiques dans la case du divertissement, ce n’est pas pour autant qu’il faut faire l’amalgame entre ces occupations et la question de la politique, qui est dans son essence la science de la prise et de l’exercice du pouvoir. Cela rejoint parfois un peu le meme du “tout quitter pour vivre dans une ferme auto-gérée. Cela parait bien évidemment apaisant dans un premier temps, mais je ne pense pas personnellement que le refus du pouvoir sous cette forme soit vraiment la solution pour notre génération. X nous vend parfois ce rêve de vie à la amish, et parfois la vision du jeune homme sensible la rejoint. Mais il y a une autre voie homme de l’ouest.
L’aventure comme nécessité existentielle
Ce qui manque à notre génération, au profil tels que les jeunes hommes sensibles, c’est cet appel de l’aventure. Quand on est dans ce genre de cas, le plus souvent on bouillonne d’idéalisme et même parfois de génie. La littérature et l’art en général sont de grands domaines qui peuvent occuper une vie, certes ; mais votre énergie peut être dépensée ailleurs, elle le mérite. De la même manière que les jeux vidéos ont parfois pu canaliser les énergies d’une certaine jeunesse, pour le meilleur comme pour le pire ; il en va de même avec l’art sur X pour les jeunes hommes sensibles. C’est une occupation très noble qui peut occuper une vie entière, mais ne passe t-on pas à côté de quelque chose en nous enfermant dans cet univers érudit ?
Notre génération n’a pas de grandes guerres, de grandes explorations ou missions à mener. Le meilleur scénario qu’on nous vend nous parait creux : un 9-5 à la boomer avec un french dream tout à fait banal, ou des aventures entrepreneuriales dignes d’un influencer sur instagram. Face à ces propositions, la position de l’érudit dans une bibliothèque parait totalement meilleure, et elle l’est. Mais je suis sur qu’il y a autre chose, que notre génération peut choisir une autre voie qui mêle sensibilité, génie et pouvoir. Nous devons trouver et développer cette voie. Elle sera très sûrement née par la rencontre de jeunes hommes sensibles, de personnes qui partagent cette vision et qui se lient par l’amitié. Une autre voie est possible, mais il reste maintenant la tâche la plus difficile : la découvrir.
Il faut utiliser cette sensibilité liée à la lecture et la pensée, mais il est de notre devoir de la matérialiser dans le monde. De se servir de cette matière pour changer le monde à notre image, c’est là toute la définition de la volonté de pouvoir selon moi : vouloir, de manière directe, changer le monde. Alors oui ca parait idéaliste ; oui dans les termes cela ressemble très concrètement à un fantasme de la jeunesse. Mais tant pis, la jeunesse est là pour ca, la vie est là pour ca. Je ne vois pas pourquoi il faudrait se priver de rêver quand on en a les moyens. Ceux qui exercent le pouvoir aujourd’hui ne sont pas forcément plus intelligents que vous, bien au contraire. La pensée et le monde de la réflexion est ô combien enrichissant mais parfois il nous bloque dans le passage à l’action, dans les changements concrets que l’on peut réaliser sur notre vie et sur le monde. Il faut changer ca.



Les jeunes hommes sensibles ne veulent pas boire le calice jusqu’à la lie comme on leur propose.